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14 questions-réponses pour trier le vrai du faux sur le coronavirus – Pierre Sonveaux

Deuxième note de Pierre Sonveaux, Maître de recherches FNRS et Professeur de pharmacologie à l'UCLouvain – Université catholique de Louvain.

 

Chères toutes et chers tous,

De nombreuses informations circulent à propos de la maladie COVID-19. Elles sont souvent le fait d’interprétations inadéquates de la littérature scientifique. Plusieurs d’entre vous se posent donc des questions. Afin d’offrir un modeste éclaircissement, je propose d’analyser les faits scientifiques en faisant abstraction de toute influence émotionnelle. Je le fais en 14 questions-réponses. Mon seul objectif est d’aider chacun(e) à mieux comprendre.

1 - Peut-on diagnostiquer les patients COVID-19 avec certitude ?
Non. Aucun test disponible à l’heure actuelle ne permet de diagnostiquer le COVID-19 avec certitude (1). Il existe 2 types de tests : ceux basés sur la présence d’anticorps dans le sang dirigés contre le virus (tests sérologiques) et ceux basés sur la détection du virus lui-même dans un échantillon biologique (PCR). Les tests basés sur la présence d’anticorps (tests sérologiques) renseignent sur le fait qu’une personne a été en contact avec le virus. Ce type de test ne permet donc pas de dire si la personne a été malade, est malade, ni si cette personne est encore porteuse du virus ou pas. Il ne permet pas de dire si une personne est contagieuse. En comparaison, les tests PCR mesurent directement l’ADN du virus. Ils permettent donc de dire si une personne est porteuse du virus, et, donc, si une personne est contagieuse. Le test PCR est très sensible. Son efficacité est cependant limitée par l’endroit où le prélèvement est fait. Par exemple, un prélèvement nasal peut être négatif alors qu’un prélèvement sanguin ou pulmonaire chez la même personne peut être positif. C’est la présence du virus dans les poumons qui est directement liée à la contagiosité et doit être recherchée.

2 - Un test de dépistage du COVID-19 en vaut-il un autre ?
Non. Les tests sérologiques par mesure d’anticorps dans le sang sont rapides mais ne renseignent pas sur la contagiosité des personnes (1). De plus, des compagnies peu scrupuleuses vendent des faux tests, en espérant berner les acheteurs (2). Ces faux tests génèrent de faux résultats. Les seuls tests valables sont ceux qui ont été validés parce qu’ils minimisent le risque de faux négatifs. C’est-à-dire qu’ils évitent de conclure que quelqu’un qui est sain alors qu'il est contagieux. En Belgique, c’est l’Agence Fédérale du Médicament qui valide les tests. Aux Etats-Unis, c’est le FDA (Food and Drug Administration) qui effectue cette mission.

3 - Le COVID-19 est-il immunisant ?
On l’ignore. La maladie génère des anticorps (immunité humorale), mais il faut la génération d’une immunité cellulaire (lymphocytes T mémoire) pour qu’un patient acquière une immunité à long terme. Jusqu’à présent, on ne sait pas si le COVID-19 génère ces fameux lymphocytes T mémoire. Il est donc possible que la notion même d’une immunité collective soit fausse. Une même personne pourrait faire la maladie plusieurs fois.

4 - Si j’ai fait la maladie, suis-je immunisé ?
Non, jusqu’à preuve du contraire.

5 – Si j’ai fait la maladie et que j’éprouve encore des difficultés respiratoires, est-ce normal ?
Oui, parce que virus induit une inflammation respiratoire. Elle peut prendre du temps à se résorber. Comme pour d’autres maladies pulmonaires, le virus peut également induire une fibrose pulmonaire (c’est-à-dire une accumulation de cicatrices dans les poumons) (3). La fibrose est un événement irréversible. Il est donc possible que certains patients éprouvent des difficultés respiratoires à vie, mais ce n’est pas une fatalité. Un suivi de la capacité respiratoire après la guérison sera donc recommandé, lorsque nos hôpitaux auront passé la situation de crise. Ce constat incite à être particulièrement prudent(e) en respectant bien les règles du confinement. Il appelle également à la prudence en ce qui concerne les tests avec des médicaments qui pourraient aggraver la fibrose.

6 - Le COVID-19 peut-il muter ?
Oui. Le COVID-19 a déjà muté 2 fois (4). Il existe donc 3 variants du virus : A, B et C. La souche originale (A) a muté pour donner le variant C, et le variant C a donné le variant B.

7 - Les mutations du COVID-19 aggravent-elles la maladie ?
On l’ignore. Des analyses épidémiologiques sont en cours pour le savoir. L’existence de différents variants pourrait participer à des différences de nombre de cas et de la sévérité de la maladie entre différentes parties du monde, mais ce n’est pas prouvé.

8 - Peut-on imaginer un vaccin contre le COVID-19 ?
Oui. Cependant, parce que le virus mute, il faut identifier une protéine à la surface du virus qui soit commune à tous les variants et il faut en plus que cette protéine soit immunogène (c’est à dire qu’elle doit pouvoir générer des lymphocytes T mémoire). Si c’est le cas, cette protéine sera appelée ‘antigène viral’, et un vaccin sera possible. Le vaccin pourrait également être basé sur plusieurs protéines communes à tous les variants du virus. La situation est analogue à celle qui permet de générer des vaccins contre la grippe. L’espoir qu’un vaccin soit possible est donc fondé, mais ça va prendre du temps.

9 - Le COVID-19 et le virus de la grippe sont-ils semblables ?
Non. Il s’agit de 2 virus différents (5). Un vaccin contre la grippe ne protège donc pas contre le COVID-19.

10 - Le COVID-19 attaque-t-il le sang ?
Non, jusqu’à preuve du contraire. Il n’existe aucun article scientifique publié à ce sujet. Une étude chinoise circule sur les réseaux sociaux, mais les résultats de cette étude n’ont pas été validés. Il pourrait s’agir d’un faux.

11 - Les masques fait maison ou chirurgicaux protègent-ils contre le virus ?
Oui et non (6). Non, ils ne protègent pas celui ou celle qui le porte contre le virus, parce que le maillage des fibres de ces masques est trop lâche. Imagnons un filet de pêche. Dans les masques fait maison ou chirurgicaux, l’espace entre les mailles du filet est large. Ce type de filet permet donc de pêcher des harengs (postillons), mais pas des crevettes (les microgoutelettes qui transportent le virus). En portant ce type de masque, il ne faut pas se sentir protégé, et il convient de maintenir des règles strictes pour le lavage des mains et la distanciation sociale, notamment. Les masques doivent être lavés à 80°C après chaque utilisation. Mais oui, ce type de masque protège les individus, puisqu’il arrête en partie l’émission du virus dans l’air par les personnes qui sont malades qui portent le masque. Il convient de bien enlever ces maques par les élastiques, sans toucher le masque lui-même. Les masques fait maison ou chirurgicaux ne protègent donc pas contre l’infection, mais ralentissent la propagation du virus. En comparaison, les masques FFP2 ont un maillage beaucoup plus dense : ils sont comparables à un filet de pêche utilisé pour pêcher des crevettes (virus). Ces masques doivent être utilisés en priorité par le personnel directement en contact avec les malades.

12 - Tous les masques fait maison se valent-ils ?
Non. Le masque doit être en coton ou dans un tissu où les mailles entre les fibres sont étroites. Les masques en papier, par exemple, ne sont pas adaptés. De plus, il est essentiel que l’air respiré passe à travers le masque, pas au-dessus ni à côté. Ce filtrage est à la base même de l’utilité des masques. Un patron pour la production de masques a été proposé par le Prof. Jean-Luc Gala, sur base de son expérience sur le terrain, notamment en Afrique avec le virus Ebola. Un tutoriel est disponible sur le site de l’Académie Royale de Médecine de Belgique: http://www.armb.be/index.php?id=6878

13 - Puis-je être contaminé par le virus déposé sur une surface, sur une table, sur mes courses ?
Oui, mais le risque est minime. Le virus a une durée de vie qui peut atteindre 72 h sur certaines surfaces (7). Cependant, le lavage des mains et la précaution d’éviter de porter les mains à la bouche, au nez et aux yeux annule ce risque. Il est conseillé de bien se laver les mains après avoir rangé ses courses. Par précaution, il est également logique d’éviter pour l’instant d’acheter des fruits et des légumes qui ne sont pas emballés, puisque tout le monde y pose les mains et que ces fruits et légumes ne sont pas souvent nettoyés avec du savon.

14 - Que puis-je faire pour être utile, sauver des vies ?
Un médecin urgentiste, le docteur Damien Barraud, (médecin réanimateur en unité Covid au CHR de Metz-Thionville) témoignait récemment que la multitude d’avis et d’opinions formulés par des personnes sans formation médicale avait pour conséquence directe de tuer des malades à l’hôpital (8). Je cite : « [Ces prises de positions publiques] ont gêné le travail des médecins à plusieurs niveaux : si nous étions sur la même ligne dans mon équipe, il y a eu dans mon hôpital certains collègues de services conventionnels qui voulaient prescrire de l'hydroxychloroquine, ce qui a créé beaucoup de palabres et de discussions. Il y a eu également des conséquences pour nos rapports aux malades et aux familles, qui nous ont demandé parfois de manière très véhémente de prescrire de l'hydroxychloroquine, en nous menaçant de procès si nous ne le faisons pas. Entre le stress et la pression, cette polémique a généré une ambiance pesante, dont nous nous serions bien passés tant le climat était déjà difficile. Enfin, cela entrave la bonne marche de la recherche, certains patients refusant de recevoir d’autres traitements. » Il s’agit d’un fait médical. Le meilleur moyen de sauver des vies serait donc de ne pas inonder les réseaux sociaux avec des avis médicaux formulés par des personnes qui ne sont pas qualifiées. A mes yeux, la liberté d’expression comprend la liberté de garder le silence, d’autant plus si ce silence sauve des vies.

La suite avec l’évolution ultérieure des recherches au niveau mondial.

N’hésitez pas à soutenir les chercheurs dans le domaine.
En Belgique, le FNRS vient d’ouvrir un appel à proposition de projets contre le COVID-19. Soutenez-le ! https://www.frs-fnrs.be/fr/l-actualite-fnrs 

Pour soutenir la recherche contre le COVID-19 à l'UCLouvain: https://getinvolved.uclouvain.be/covid-19/~mon-don

Soyez prudents, restez chez vous !
Gardez un esprit critique: allez toujours vérifier les sources!

Prof. Pierre Sonveaux, PhD
UCLouvain

(1) https://www.fda.gov/…/coronavirus-covid-19-update-serologic…
(2) https://www.fda.gov/…/coronavirus-covid-19-update-fda-alert…
(3) Chen JY et al. Lung transplantation as therapeutic option in acute respiratory distress syndrome for COVID-19-related pulmonary fibrosis. Chin Med J (Engl). 2020 ; doi: 10.1097/CM9.0000000000000839.
(4) Forster P et al. Phylogenetic network analysis of SARS-CoV-2 genomes. Proc Natl Acad Sci U S A. 2020 ;doi: 10.1073/pnas.2004999117.
(5) Biswas A et al. Emergence of Novel Coronavirus and COVID-19: whether to stay or die out? Crit Rev Microbiol. 2020 ;doi: 10.1080/1040841X.2020.1739001.
(6) http://www.armb.be/index.php?id=covid19
(7) van Doremalen N et al. Aerosol and Surface Stability of SARS-CoV-2 as Compared with SARS-CoV-1. N Engl J Med. 2020; doi: 10.1056/NEJMc2004973.
(8) http://m.lamarseillaise.fr/…/81603-damien-barraud-medecin-r…


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