Le sommeil, un nouvel indicateur du risque d’Alzheimer ?

Depuis plusieurs années, les scientifiques du monde entier étudient le lien entre troubles du sommeil et maladies neurodégénératives : une étude récente apporte un élément nouveau en postulant que ce lien pourrait s'installer avant toute manifestation clinique de la maladie. Les résultats montrent cette fois-ci que le risque génétique de développer la maladie d'Alzheimer est lié à la fréquence des micro-réveils nocturnes, de brèves activations cérébrales qui ne réveillent pas complètement le dormeur mais peuvent perturber le déroulement du sommeil. Aucun lien n'apparaît chez les plus jeunes. Chez les participants plus âgés, en revanche, des micro-réveils plus fréquents vont de pair avec un risque génétique plus élevé, alors même qu'ils restent relativement jeunes et ne présentent aucun signe de la maladie.

En parallèle, les chercheuses et les chercheurs se sont intéressés au locus coeruleus, une région nichée dans le tronc cérébral, de la taille d'un grain de riz, qui est impliquée dans l'éveil, l'attention et la régulation du sommeil. L'équipe de l’ULiège avait pu analyser finement ce locus coeruleus et montrer que la qualité du sommeil (rapidité d'endormissement, profondeur) était liée à l'état du tronc cérébral dès le jeune âge, et que le bon fonctionnement du locus coeruleus dépendait de la qualité du sommeil paradoxal, une phase importante pour la mémoire.
En effet, le locus coeruleus présente un intérêt particulier : c'est l'une des premières régions où apparaissent des dépôts anormaux de protéines, parfois dès l'adolescence, sans que l'on sache encore ce que cela implique. Ces observations compilées ouvrent des perspectives pour le dépistage et la prévention. À terme, l'analyse du sommeil pourrait compléter les outils permettant d'identifier les personnes à risque avant l'apparition des symptômes.

Alors que la maladie d'Alzheimer touche plus de 220 000 personnes en Belgique, ces résultats restent des associations statistiques qui demandent à être confirmées et ne permettent pas, à ce stade, de prédire la maladie chez un individu. Ils rappellent néanmoins l'intérêt de la recherche fondamentale pour mieux comprendre et, un jour, anticiper la maladie.

L'équipe de recherche est notamment composée de : 
Fabienne Collette, Directrice de recherches FNRS, ULiège
Christine Bastin, Directrice de recherches FNRS, ULiège
Pierre Maquet, Professeur ordinaire et Promoteur principal de PDR FNRS, ULiège
Gilles Vandewalle, Directeur de recherches FNRS, ULiège

Sleep arousals are associated with the polygenic risk for developing Alzheimer’s disease and with cognitive change in healthy late middle-aged individuals, Sleep, mai 2026