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Armes conventionnelles et normalisation de la violence de masse
Les armes conventionnelles sont généralement perçues comme contrôlables, ainsi que politiquement et moralement acceptables, en contraste avec les armes de destruction massive. L’article remet en cause cette évidence en montrant que la violence de masse du XXᵉ siècle procède de la rationalité même qui structure l’emploi de ces armes. Appuyé sur des archives militaires américaines et françaises, l’article établit que la quête d’efficacité, de rendement et d’optimisation des armes, censée fondée leur caractère acceptable, a, au contraire, favorisé des niveaux de dévastation considérables. En ce sens, le principe consistant à maximiser les effets destructeurs au moindre coût (principe d’économie de la force) n’a pas joué un rôle modérateur, mais a amplifié la violence. Les institutions militaires ont ainsi dissocié l’usage de la force de ses finalités politiques et de toute retenue morale, transformant la destruction en un objectif procédural, autonome et auto entretenu. Cette logique révèle une continuité structurelle sur plus d’un siècle, indépendamment des mutations doctrinales ou technologiques. C’est cette persistance qui conduit à parler de « brutalisation » : le produit d’un mode de pensée institutionnalisé et moralement neutralisé où optimisation technique et dévastation du vivant vont de pair. Une telle perspective conduit également à brouiller en partie la frontière entre armes conventionnelles et non conventionnelles. Elle souligne enfin l’urgence de maintenir et de renforcer les cadres juridiques et éthiques destinés à protéger les civils face à la normalisation de la violence armée.
Julien Pomarède, Chargé de cours, Promoteur principal de PDR FNRS, Département de Science Politique, Fondateur-Directeur du Centre for the Study of War and Violence, ULiège
« Devastation: field artillery, conventionality, and the pathological economy of modern warfare », European Journal of International Relations, mars 2026.

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