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Un même point de départ pour des cancers différents
Comment naissent les différents sous-types de cancers ? Sont-ils issus de cellules d’origine distinctes, ou d’une même cellule ? Cette question, débattue depuis des décennies en biologie du cancer, trouve aujourd’hui un nouvel éclairage grâce aux travaux de l’équipe de Michael Herfs, Chercheur qualifié FNRS à l’ULiège, en collaboration avec des chercheuses et chercheurs de l'Université Paris Cité et Sorbonne Université. Cette recherche a été rendue possible grâce notamment à un Audacious Medical Grant (AMG) du FNRS. L’AMG est financé par des dons privés et du mécénat, il permet de soutenir des projets de recherche médicale ou biomédicale ayant un caractère original et audacieux mais qui ne trouvent pas de soutien dans les circuits de financement traditionnels en raison d’un manque de données préliminaires, de l’absence de travaux antérieurs ou d’une méthodologie inhabituelle.
Les scientifiques se sont intéressés aux carcinomes adénosquameux du col de l’utérus, des tumeurs rares mais particulièrement instructives. Celles-ci associent en effet deux types de cellules cancéreuses, glandulaires et épidermoïdes, au sein d’une même tumeur, dans un contexte commun d’infection par le papillomavirus humain (HPV). Un modèle idéal pour comprendre comment plusieurs identités tumorales peuvent se développer et coexister. Leur constat est sans équivoque : ces cellules cancéreuses partagent une origine commune. Elles présentent notamment des caractéristiques virales identiques (mêmes variants de HPV et mêmes sites d’intégration dans l’ADN humain) ainsi qu’une partie de leurs altérations génétiques.
Ces résultats remettent en question l’idée classique selon laquelle chaque sous-type de cancer proviendrait d’une cellule d’origine spécifique. Ils soutiennent plutôt un modèle selon lequel une cellule progénitrice, potentiellement multipotente, peut donner naissance à des cellules tumorales phénotypiquement distinctes. Au-delà du cas du col de l’utérus, cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour comprendre l’hétérogénéité des tumeurs, un enjeu majeur en cancérologie, notamment pour expliquer certaines résistances aux traitements. Elle suggère que la diversité observée au sein des cancers pourrait, dans de nombreux cas, résulter d’une divergence précoce à partir d’un même événement initial. En apportant une réponse claire à une controverse de longue date, ces travaux établissent ainsi un nouveau cadre pour appréhender la plasticité tumorale et mieux orienter, à terme, le choix des traitements.
Michael Herfs, Chercheur qualifié FNRS, ULiège
Florian Poulain, Scientist R&D, chercheur postdoctorant (2024-2025), Doctorant Télévie (2020-2023), ULiège
Et al.