Comment les journalistes belges et québécois envisagent-ils l’objectivité dans leur travail aujourd’hui ?

Réalisée dans le cadre d’une thèse sur l’analyse automatisée de l’objectivité dans le journalisme francophone, l'étude explore cette question à partir d’une analyse qualitative d’entretiens avec 16 journalistes du Québec et de Belgique francophone. Pour la plupart d’entre eux, l’objectivité reste une valeur essentielle, même si elle paraît impossible à atteindre complètement. Elle fonctionne donc moins comme une règle absolue que comme un idéal qui guide les pratiques journalistiques. Cela passe notamment par la vérification des faits, la diversité des opinions et une attention particulière au choix des mots. Mais cet idéal se heurte aussi aux réalités du métier, comme le manque de temps et de ressources dans les rédactions.
Cette recherche met également en évidence des différences entre les cultures journalistiques québécoise et belge. Au Québec, les journalistes décrivent notamment leur pratique comme un mélange entre la tradition factuelle nord-américaine et une approche française plus analytique. En Belgique francophone, ils insistent davantage sur une tradition de neutralité, plus proche du journalisme d’Europe du Nord, liée notamment au contexte médiatique et politique (et au fameux cordon sanitaire).
Ces résultats montrent également que, pour comprendre la culture journalistique d’une société, il est utile de tenir compte des cultures régionales et linguistiques qui peuvent différer à l’intérieur d’un même pays.

Louis Escouflaire, Boursier FRESH FNRS (2021-2025), Observatoire de Recherche sur les Médias et le Journalisme (ORM), UCLouvain
Et al

A “Fine Amalgam” of a Style: How French-speaking Canadian and Belgian Journalists Perceive Objective Newswriting, Journalism Practice, juillet 2026