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L'actualité chercheurs

Journée internationale des femmes et des filles de science

Quels sont les enjeux liés au fait d’être une femme dans le milieu de la recherche aujourd’hui ? À l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science, deux chercheuses FNRS à des stades différents de leur carrière livrent un témoignage croisé. Vinciane Debaille est Directrice de recherches FNRS à l’ULB. Cette géologue est connue pour ses nombreuses expéditions scientifiques en Antarctique. Stéphanie Herkenne est Chercheuse qualifiée FNRS à l’ULiège et cheffe du laboratoire de mitochondrie au GIGA. Cette biochimiste travaille sur l’identification de nouvelles cibles thérapeutiques dans la lutte contre le cancer. Toutes deux se confient sur les obstacles rencontrés, les évolutions observées, ainsi que les messages qu’elles souhaitent transmettre.

 

Les enjeux, liés au genre sont-ils plus ou moins marqués dans votre domaine de recherche par rapport à d’autres disciplines (SHS, SVS, SEN) ?

Vinciane Debaille : Je dirais que non. Nous avons une discipline qui est assez féminine de manière générale, mais cela n’a pas toujours été le cas. En géologie (SEN), on effectue beaucoup de travail sur le terrain. À titre d’exemple, les plateformes pétrolières ont été interdites aux femmes pendant des années, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Il existe également des terrains situés dans des zones potentiellement plus difficiles, où, traditionnellement, les femmes n’accompagnaient pas les équipes masculines. Ainsi, il est vrai que, historiquement, dès qu’il s’agissait de terrain, cette discipline a sans doute été davantage masculine. Les temps changent, et aujourd’hui, on trouve des femmes et des équipes très féminines même en Antarctique. Nous avons donc observé une évolution au cours des vingt dernières années.

Stéphanie Herkenne : J’évolue dans le domaine des sciences de la vie et de la santé (SVS), où la proportion de femmes est déjà élevée durant les études universitaires et doctorales. Historiquement, les postes de chercheurs qualifiés étaient davantage occupés par des hommes, mais cette tendance a clairement évolué. Aujourd’hui, on observe une présence croissante de femmes à ces niveaux de carrière, ce qui reflète une dynamique plus équilibrée dans le domaine. 

En avançant dans votre carrière, les obstacles sont-ils plus ou moins nombreux ?  

V.D. : Ce n’est pas quelque chose que j’ai rencontré dans ma carrière, même si je sais que ce n’a pas toujours été le cas pour des collègues d’une génération au-dessus de la mienne.
Ce que j’ai pu observer, ce sont plutôt de petites phrases par-ci par-là, que l’on entend de temps en temps. Cela est valable dans toutes les disciplines. Il existe également un aspect culturel : pour une femme, il peut être plus difficile, par exemple, de se faire entendre en réunion. Ce sont des dynamiques que l’on peut remarquer, mais elles relèvent davantage du culturel que d’un véritable obstacle dans ma carrière.

S.H. : Personnellement, je n’ai jamais ressenti d’obstacles majeurs directement liés au fait d’être une femme. Les questionnements ont surtout été internes, notamment la crainte de ne pas pouvoir concilier une carrière scientifique exigeante avec une vie de famille. Aujourd’hui, en tant que mère de deux jeunes garçons de 3 et 5 ans, je peux dire que ces inquiétudes étaient largement liées au stress et aux projections personnelles plutôt qu’à des barrières réelles. 

Avez-vous constaté une évolution de la place des femmes dans la recherche depuis le début de votre carrière scientifique ? Quels changements vous semblent les plus significatifs ?

V.D. : Oui, évidemment, nous avons pris conscience de ce plafond de verre. Ce qui est significatif, c’est de réfléchir maintenant à la manière de le surmonter, tout en constatant que nous n’y sommes pas encore forcément parvenus. Culturellement, une femme aura plutôt tendance à accompagner son mari que l’inverse. C’est typiquement ce que nous venons de discuter à l’ERC (European Research Council), concernant les interruptions de carrière, les congés de maternité… Aujourd’hui, ce sont surtout les femmes qui connaissent ces « trous » dans leur CV. C’est un point particulièrement sensible sur lequel nous avons été briefés : il ne faut pas que ces interruptions soient préjudiciables quand on juge un dossier. Une interruption de carrière n'enlève rien à la créativité ou la capacité à accomplir de très bonnes expériences scientifiques. 

S.H. : Oui, clairement. Le nombre de femmes occupant des postes académiques et de recherche a augmenté, et des avancées importantes ont été réalisées, notamment la prise en compte des congés de maternité dans l’évaluation des parcours et des demandes de financements. Toutefois, alors que les congés de paternité sont aujourd’hui davantage valorisés — ce qui est une évolution positive — je m’interroge sur un possible effet paradoxal qui pourrait, à terme, ralentir certains progrès obtenus.

La question de la conciliation entre la vie personnelle et la carrière scientifique se pose-t-elle différemment pour les femmes et pour les hommes ?

V.D. : Je dirais que c’est quelque chose d’assez complexe. La carrière scientifique est particulière, car un scientifique ne cesse jamais de réfléchir. Il arrive parfois que des idées surgissent dans des moments inattendus, comme sous la douche, et que l’on se dise :
« Aujourd’hui, je vais essayer ceci. » En tant que scientifique, on ne s’arrête jamais de penser. C’est donc un métier où, même lorsque l’on rentre à la maison, on a rarement
« fermé la porte » du laboratoire. Cela signifie, pour les hommes comme pour les femmes, qu’il faut parfois concilier un enfant qui pleure avec une proposition à rédiger pour le lendemain.

À nouveau, traditionnellement et culturellement, ce sont généralement les femmes qui abandonnent alors un projet. Cependant, il faut le noter : les temps changent, et les hommes prennent également leurs responsabilités. 

S.H. : Je pense que oui. Les femmes restent souvent plus impliquées dans la vie quotidienne et scolaire des enfants. Cette charge mentale et organisationnelle pèse encore majoritairement sur les mères, ce qui peut influencer la manière dont elles vivent et organisent leur carrière scientifique. 

5) Quel message souhaiteriez-vous faire passer auprès des jeunes femmes qui se lancent dans une carrière scientifique ?

V.D. : J’aimerais ne faire passer aucun message, car il ne faudrait pas se poser la question. C'est une question complexe car j'aurais aussi tendance à dire que l’on ne devrait pas se poser la question et motiver une personne à se lancer en science. Il faut d'abord aimer les sciences, et là, le problème est plus profond qu’au seul niveau universitaire, c’est un travail qui doit être réalisé dès le niveau secondaire. D'un autre côté, on constate que les femmes ont souvent davantage de difficultés à avoir confiance en elles, et c’est vraiment sur cet aspect qu’il est possible d’agir. Par exemple, il y a des études qui montrent que si on dit aux filles qu'elles sont moins bonnes en math que les garçons, alors elles réussissent moins bien que si on leur avait dit le contraire avant le test.  En tant que femme, il faut donc apprendre à se faire confiance, même si cela est plus facile à dire qu’à faire.

S.H. : Je souhaiterais leur dire de ne pas se limiter elles-mêmes. Il est essentiel de se faire confiance et d’oser. Il est tout à fait possible de mener une carrière scientifique ambitieuse tout en étant mère de famille, et de s’y épanouir pleinement.

 

Stéphanie Lafontaine

 

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La qualité du sommeil révèle le risque de Parkinson dès la vingtaine

La maladie de Parkinson (MP) est la deuxième maladie neurodégénérative la plus répandue. Le nombre de personnes atteintes de MP dans le monde est passé de 2,5 millions dans les années 90 à 8,5 millions aujourd'hui, une tendance qui devrait se poursuivre au cours des prochaines décennies.

Une étude menée par l’université de Liège révèle que le risque génétique de développer la maladie de Parkinson est associé à l’intensité et à la durée du sommeil paradoxal chez des individus en bonne santé âgés d’à peine plus de 20 ans en moyenne. Une avancée qui permet de mieux définir le lien entre sommeil et maladie de Parkinson.
 
Les scientifiques savent que le sommeil, en particulier le sommeil paradoxal, est altéré dès les premiers stades de la maladie de Parkinson. Il pourrait donc non seulement constituer un moyen précoce d'évaluer le risque de développer la maladie de Parkinson, mais aussi offrir de nouvelles cibles d'intervention (puisqu'il est possible d'agir sur le sommeil). Cependant, on ne sait pas exactement quand et comment ce lien entre sommeil et MP apparaît chez les personnes en bonne santé.
 
Les résultats de l’étude montrent que le risque génétique de développer la MP est lié à l’intensité des ondes thêta ainsi qu’à la durée du sommeil paradoxal. Autrement dit, davantage d’ondes thêta et plus de sommeil paradoxal semblent indiquer un risque plus important, et ce, deux à quatre décennies avant l’âge habituel d’apparition des symptômes moteurs. Chez les participants plus âgés, la tendance s’inverse : plus d’ondes thêta et plus de sommeil paradoxal sont cette fois liés à un risque moindre.
Ces résultats indiquent que le suivi des changements du sommeil pourrait devenir un outil clé pour identifier précocement les personnes à risque et orienter des stratégies de prévention ciblées, notamment en agissant sur le sommeil.
L'équipe de recherche est notamment composée de Fabienne Collette, Directrice de recherches FNRS, Christine Bastin, Directrice de recherches FNRS, Christophe Phillips, Directeur de recherches FNRS, Pierre Maquet, Professeur ordinaire, Promoteur principal PDR FNRS, et Gilles Vandewalle , Directeur de recherches FNRS.
 
Illustration © Puneet Talwar
 
Vanderwalle

EUREKA revient pour une saison 4

Découvrez les nouvelles capsules EUREKA sur RTL TVI. 

Alix Battard reçoit des chercheuses et chercheurs FNRS pour décrypter leurs travaux et comprendre l'impact de leurs recherches sur la société. 

Chaque capsule explore une question scientifique, met en lumière l’importance de la recherche fondamentale, et l'importance de financer cette recherche :

  • « Nos poumons renferment-ils une arme secrète contre les maladies ? » avec Coraline Radermecker, Chercheuse qualifiée FNRS à l'ULiège
  • « Comment récolter, recycler et convertir l’énergie en s’inspirant des espèces naturelles ? » avec Sébastien Mouchet, Chercheur qualifié FNRS à l'UMONS
  • « La « maladie du foie gras » touche 30% de la population belge : comment la prévenir et la traiter ? » avec Nicolas Lanthier, Chercheur clinicien FNRS à l'UCLouvain
  • « Comment développer des médicaments plus efficaces, avec moins d’effets secondaires ? » avec Francesca Cecchet, Chercheuse qualifiée FNRS en physique à l'UNamur 
  • « Pourrons-nous bientôt combattre tous types d’infections ? » avec Cédric Govaerts, Directeur de recherches FNRS à l'ULB
  • « Quels droits pour les victimes des systèmes d’intelligence artificielle ? » avec Ljupcho Grozdanovski, Chercheur qualifié FNRS à l'ULiège
  • « Peut-on encore sauver la banquise ?  » avec François Massonnet, Chercheur qualifié FNRS à l'UCLouvain 
  • « Une méthode moins invasive pour suivre et traiter les cancers » avec Françoise Rothé, Chargée de cours, Promotrice principale Télévie à l'ULB
  • « Comment développer des traitements moins nocifs et plus ciblés contre les cancers des enfants ? » avec Anabelle Decottignies, Directrice de recherches FNRS à l'UCLouvain
Les capsules sont à retrouver chaque semaine sur RTL TVI et sur notre chaine youtube 

🎥 Une production Limonade
 
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Nokia Bell Scientific Award: Lauréate 2025

Le Fonds de la Recherche Scientifique – FNRS et le Research Foundation – Flanders (FWO) décerne le Prix scientifique Nokia Bell en reconnaissance d’une thèse de doctorat exceptionnelle apportant la contribution la plus originale dans le domaine des technologies de l’information et de la communication.

Le 16 décembre, Elisabeth Heremans (KU Leuven-ESAT) a reçu le Prix Nokia Bell 2025 pour sa thèse de doctorat intitulée « Analyse automatisée du sommeil : de l’hôpital à l’environnement domestique ».

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Le McKinsey & Company Scientific Award récompense une recherche sur l’épuisement parental

Marie Annelise Blanchard vient de recevoir le McKinsey & Company Scientific Award 2025. Cette chercheuse en sciences psychologiques et de l’éducation a obtenu un mandat de Chargée de recherches FNRS à l’UCLouvain en octobre 2024, mandat suspendu pour un an car elle mène actuellement un postdoctorat à la KU Leuven.

 
Le McKinsey & Company Scientific Award récompense une chercheuse ou un chercheur dont la thèse de doctorat démontre une forte pertinence sociétale et économique, ou encore une applicabilité pratique particulièrement marquante.
La thèse de Marie Annelise Blanchard, qui a permis à la chercheuse de décrocher ce Prix, est consacrée à une meilleure compréhension de l’épuisement parental, et est intitulée : « The temporal dynamics of parental burnout: Extending the network approach to the family system ». Entretien avec la lauréate.
 
 

1- Vous avez mené des recherches sur le burn-out parental. Pouvez-vous expliquer en quoi consiste ce phénomène et quels en sont les principaux facteurs de risque ?

Pour certains parents, même s'ils étaient auparavant épanouis dans leur rôle, la parentalité peut devenir une source de souffrance plutôt que de joie : ils font un burn-out parental. Cela implique quatre éléments principaux : l'épuisement émotionnel, la distance émotionnelle par rapport à leurs enfants, le sentiment d'être dépassé et l’impression de contraste avec le parent que l'on était auparavant.
Le burnout parental survient lorsque les parents ne disposent pas de ressources suffisantes pour compenser les facteurs de stress liés à la parentalité. Cela signifie que le risque de développer un burnout dépend fortement du contexte de chaque parent : un parent peut être confronté à de nombreux facteurs de stress (par exemple, plusieurs enfants de moins de cinq ans, des difficultés financières), mais disposer également de nombreuses ressources (par exemple, un soutien social important, de l'aide pour s'occuper des enfants, de bonnes capacités de régulation émotionnelle) qui peuvent l'aider à amortir ces risques.
 

2- Quelle méthodologie utilisez-vous dans le cadre de vos travaux ?

Ma recherche visait principalement à mieux comprendre le quotidien des parents (aussi bien les parents en général que ceux en situation d'épuisement parental), ancré dans le contexte de leur système familial. Pour ce faire, nous avons mesuré chaque jour les expériences parentales des parents (notamment leur niveau de fatigue, la complicité avec les enfants et le sentiment de dépassement), ainsi que leur perception des interactions avec leurs enfants, leur partenaire (éventuel) et le contexte social en général. Pour ce faire, nous avons utilisé une technique de collecte de données appelée «échantillonnage intensif » (experience sampling methodology en anglais), qui consistait à demander aux parents de répondre à de brèves questions chaque jour pendant deux mois. Ces données richement détaillées sur les vécus quotidiens nous ont permis d'étudier en profondeur les fluctuations dans les expériences parentales, et d'examiner les schémas récurrents qui se formaient au fil des jours.  
 
 

3- Le McKinsey & Company Scientific Award distingue des projets présentant une forte pertinence sociétale et économique. En quoi vos recherches correspondent-elles ces critères selon vous ?

Le rôle parental a considérablement évolué au cours des dernières décennies, entraînant une pression intense sur les épaules des parents. Aujourd’hui, ça a un impact très réel : en Belgique, environ 8% des parents souffrent de burn-out parental. Même sans atteindre le seuil du burn-out clinique, la plupart des parents connaissent des jours où ils se sentent extrêmement dépassés et épuisés. Mes recherches ont tenté de mieux comprendre et contextualiser ces expériences, dans le but ultime de mieux prévenir et traiter le burnout parental.
Cette recherche sur l'épuisement parental donne ainsi une voix et une légitimité aux parents qui se sentent souvent isolés et coupables de vivre leur parentalité comme une souffrance. De plus, ma thèse, ainsi que d'autres travaux, identifie l'épuisement émotionnel comme la première étape menant à l'épuisement professionnel, et souligne ainsi l'importance de solutions systémiques pour offrir aux parents épuisés des espaces où se ressourcer (par exemple, garde d'enfants gratuite).
 

4- Que représente ce Prix pour vous et pour la poursuite de vos recherches ? Est-ce particulièrement important de soutenir la recherche en sciences humaines et sociales ?

Ce Prix reflète les années de travail qui ont mené à cette thèse, non seulement de ma part, mais aussi de la part de mes collègues, collaboratrices et collaborateurs, et surtout de tous les parents qui ont partagé leur temps et leurs ressentis lors de ces études. Je compte poursuivre mes recherches, en me concentrant particulièrement sur les méthodes et les plans des études d'échantillonnage intensif, afin d'étudier comment nous pouvons mesurer et analyser au mieux les vécus quotidiens.
La recherche en sciences humaines et sociales touche directement à la manière dont nous, êtres humains, façonnons notre expérience du monde, avec toutes nos joies et nos difficultés. Essayer de mieux comprendre les expériences humaines, y compris comment soulager la souffrance, est toujours une quête valeureuse.
 
« Cette recherche sur l'épuisement parental donne ainsi une voix et une légitimité aux parents qui se sentent souvent isolés et coupables de vivre leur parentalité comme une souffrance. »

Blanchard-McKinsey